Du bébé idéalisé au bébé mort-né…

Du bébé idéalisé au bébé mort-né…



Du bébé idéalisé au bébé mort-né … Problématiques du deuil périnatal

La spécificité de l’accompagnement en Analyse Psycho-Organique



Résumé

Le deuil périnatal est une terrible expérience. A la douleur incommensurable de la perte s’ajoutent la difficulté que rencontrent les parents endeuillés à en parler et celle de leurs proches à les accueillir dans cette épreuve. Dans ce texte, je montre comment l’Analyse Psycho-Organique permet d’accompagner ces parents dans le processus du deuil et de les aider progressivement à se tourner à nouveau vers la vie.


Mots-clefs

Deuil périnatal, grossesse, fausse-couche, avortement, interruption volontaire de grossesse, IVG, interruption médicale de grossesse, IMG, mort foetale, enfant mort-né, enfant né sans vie, accouchement, analyse psycho-organique.


Abstract

Perinatal mourning is a terrible experience. The pain of the loss is unfathomable but there is more : it is difficult for the mourning parents to express it and difficult as well for their relatives to hear it. In this article I show how, with psycho-organic analysis, we can help these parents to go trough the grieving process and, gradually, resume their lives.


Key words

Perinatal mourning, pregnancy, miscarriage, abortion, fetal death, stillbirth, delivery, psycho-organic analysis.




Un jour d’avril 2012 … une association deux ans plus tard … et aujourd’hui encore, le besoin de partager avec vous, à travers mes mots, ce vaste thème du deuil périnatal, mélangeant singulièrement la vie et la mort au même instant.


En tant que thérapeutes, nous sommes à l’écoute des différents deuils de nos patients. Les voies d’accompagnement sont multiples, le cheminement est singulier, les voies intérieures du thérapeute le sont aussi. A travers nos expériences personnelles, notre écoute s’affine, nos représentations prennent forme mais le processus du deuil reste incontournable tant dans le temps qu’il nécessite que dans l’énergie qu’il mobilise.  


Le deuil périnatal désigne la mort d’un enfant pendant la grossesse ou dans les premiers jours qui suivent la naissance. Même si la loi et la bioéthique tentent de définir un temps de vie in utero minimum pour répondre à cette définition, nous pouvons humainement estimer que toute forme de fin de vie concernant cet enfant (embryon, fœtus puis nourrisson) concerne le deuil périnatal et ses spécificités. Ainsi, pour moi, le deuil périnatal regroupe les situations suivantes : l’Interruption Volontaire de Grossesse IVG, l’Interruption Médicale de Grossesse IMG après commission médicale et décision parentale encadrée, la fausse couche précoce ou avancée dite mort fœtale spontanée, le décès pendant le processus d’accouchement ou après la naissance, malgré l’assistance médicale.


Ne restera de ce fracas qu’un couple de parents orphelins, le corps d’une femme hanté par la mort de son bébé, la colère d’un homme impuissant face aux déferlantes médicales, une chambre vide, un silence assourdissant, pas de vie, pas de traces… et la peur que tout s’efface…


Une des problématiques centrale dans ce deuil, c’est qu’il concerne la perte d’un bébé non encore rencontré, n’ayant pas bénéficié des rituels d’accueil et de reconnaissance par le groupe familial et plus largement, par les groupes sociaux. Cette histoire intime reste à huis clos, ne permettant pas l’élaboration et la conscientisation de la perte réelle que subissent ces parents par leur entourage. Il en résulte pour chacun un isolement certain, une difficulté de lien et de communication, une absence de représentation réelle de la perte qu’une cérémonie peut apporter. Il en résulte un interdit sournois de vivre le chagrin d’avoir perdu un enfant qui n’est « pas né », « que l’on a pas vu ». Souvent même, le silence balayé laisse place à une banalisation des faits, violence inouïe pour un parent qui tente de se reconnaître comme tel et de donner du sens inexorablement à l’insensé de l’événement.

Quelle place pour cette histoire au sein d’un couple ? D’une famille ?

Une autre problématique à soulever se teinte de la culture de notre pays : nos croyances sociétales et individuelles laissent peu de place à la parole concernant le thème du deuil. D’autant plus d’un enfant porté et perdu. Il en résulte d’une part un tabou considérable dans la communication, l’information, l’accueil et la reconnaissance de cette réalité quotidienne dans nos maternités françaises. Mais aussi la soumission des femmes au silence, qui se révèle à travers les quêtes généalogiques sur plusieurs générations : « à l’époque, on n'en parlait pas ! » … Toute famille est touchée de près ou de loin par ces naissances silencieuses. Et aujourd’hui encore, il semble difficile de percer le mur du silence. Enfin, la banalisation du cercle familial dans un élan de défense et de mise à distance d’une tragédie mortifère qui éteint la joie d’être et de vivre des parents ne fait qu’amplifier le mécanisme de refoulement chez ces derniers, contraints par les discours savants et optimistes de « passer à autre chose », de  « refaire un autre enfant, ça fera oublier le premier ».

Quelle place alors pour l’expression du déferlement émotionnel ? Des pensées parasites ? De la culpabilité ? Du traumatisme psychique ? De l’être qui naît à une nouvelle histoire, une nouvelle identité…




La réponse de l’Analyse Psycho-Organique

Notre approche humaniste, corporelle et sensologique prend toute sa valeur et sa pertinence dans l’accompagnement de ces parents endeuillés et de leur bébé envolé. J’en retire cinq points qui, selon mon expérience personnelle, fondent le processus de deuil et la reconstruction de l’être.


L’accueil : un besoin primaire

Primordial alors que la sortie de la maternité est expéditive et que l’isolement, la solitude, le vide et le silence au retour à domicile sont criants. Le parent a besoin d’un espace et d’une rencontre humaine qui lui permette de sentir sa propre existence après le choc et sa capacité à être vivant face à l’autre malgré la disparition de son enfant, parti(e) de soi. Après les discours stéréotypés de la médecine, et l’omerta familiale, le parent a besoin de reprendre confiance dans le lien grâce à un accueil inconditionnel, doux et chaleureux, dénué de jugements. D’un accueil qui autorise, laisse la place et l’espace aux émotions dissimulées ou retenues jusque là.


L’identité

Fragilisée par l’expérience, et en appui sur des bases plus ou moins fondées selon l’histoire de vie de la personne, se saisir de son identité de parent dans cet événement traumatique est un véritable enjeu. L’accouchement par voie basse priorisé par le « protocole » d’accompagnement des naissances « d’enfant né sans vie » prend sens notamment par cet enjeu ; en effet, c’est par la sensation organique et l’image que se mobilisent la conscience de l’événement et l’ancrage dans le vécu organique. L’Analyse Psycho-Organique propose le PIT qui renforce sinon recrée l’expérience de la personne au service de sa reconnaissance et de sa valorisation dans le rôle actif qu’elle a tenu auprès de cet enfant.


L’expression

Raconter pour ne pas oublier… Raconter pour trouver le regard de celui qui valorise  et reconnaît cette réalité vécue dans la chair. Raconter à tout prix pour faire sortir ce mal qui oppresse et envahit le vide laissé : lui donner forme, le mettre en mots, l’intégrer comme une nouvelle page du livre de la vie. Les hommes souvent se terrent dans le silence et repartent dans le tumulte de la vie professionnelle pour ne pas « flancher ». Les femmes traversent plutôt un chaos intérieur où les sensations corporelles et les émotions sont exacerbées : ce vécu fait peur et elles disent souvent ne pas s’être reconnues dans ce moment de latence. Comme une plaie ouverte qui saigne et dont on ne peut arrêter l’hémorragie. L’expression vient panser cette plaie en commençant par rapprocher les berges. Elle remet le parent en mouvement vers le monde extérieur et permet de nouveau le lien à l’autre.


La symbolisation

Dans le processus de deuil, la symbolisation est une ouverture intérieure à soi qui permet au parent de créer un lien porteur à son enfant et non à la réalité de la perte traumatique ; en développant sa symbolique par l’expression et l’image, il remet en circulation son énergie de vie, soutient ses besoins et désirs, explore les possibles et engage un mouvement d’aller vers demain. La réalité enferme dans le mortifère, la symbolisation ouvre à la réalisation de l’être. Nombreuses sont les associations qui proposent des événements qui donnent un espace d’expression et de symbolisation partagées entre parents et familles. Souvent médiatisés localement, ces témoignages soutiennent l’élan de vie et le potentiel de transformation face au deuil. Ce travail peut également se faire avec un thérapeute.


La transformation

« Qu’est ce que je fais de ce que l’autre a fait de moi ? »

La transformation, en lien avec la symbolisation, laisse place selon moi au choix d’expérience face à cette page de mon histoire. Quel rapport je souhaite garder avec le souvenir réel de la perte ? Comment je souhaite me présenter au monde ? Quelle est ma perception de cet événement de vie qui m’aidera à mobiliser le vivant en appui sur ma force ? Puis-je y voir une marche pour m’élever ?


Parce que l’expérience de la perte nous ramène à notre rapport à nous même et au monde, Tel un papillon qui quitte son cocon pour développer ses ailes et choisir la migration.



Sophie Gentilhomme, Analyste Psycho-Organique

Présidente de l’association hespéranges 17, 17200 Royan

www.hesperanges17.com